Coudoyer

Aujourd’hui, mardi 22 octobre 2019, j’ai commencé à prendre mes repères autour du Campus Condorcet, et de voisiner un peu.

J’ai d’abord arpenté le CIFA, qui rassemble des grossistes en vêtements (250 annoncés) : des camionnettes, des diables, des cartons… et des vêtements, des vêtements, des vêtements… Des camionnettes qui entrent, qui sortent, des diables en tous sens, des ballots hissés, chargés, véhiculés. Je suis même tombé sur un grossiste en vins et spiritueux, tenu par un asiatique. Ma vue m’a empêché de lire de loin les étiquettes et de voir ce qui était proposé. Ici : https://cifa-fashion.com/fr/a-propos/. Le CIFA est situé en immédiate proximité de Campus Condorcet. Assez impressionnant. Au dernier étage une vue sur une partie de La Plaine. Et un restaurant asiatique, que j’aimerais essayer.

Ensuite, de l’autre côté de la rue, je suis entré dans le site Saint-Gobain recherche. Là aussi une très grosse emprise foncière sur le quartier. Je n’ai fait que franchir le portail pour aller discuter avec l’agent de surveillance dans sa cahute à l’entrée. Un jeune type sympa. Nous avons discuté de la possibilité de visiter le site. Je vais essayer de prendre contact. Le site remonte jusqu’à Campus Condorcet. Ils sont en train de dépolluer une partie du site. Et, ça, ça m’intéresse. Mais, à l’entrée, le jeune gars n’avait ni prospectus, ni plan du site, ni carte de visite… Ils ne sont pas équipés pour l’accueil des touristes… encore moins pour la visite d’un sociologue de passage. Court moment sympa.

J’ai contourné le site, et je suis arrivé au Franprix que m’avait indiqué la jeune agente d’accueil rencontrée à Campus Condorcet. Il y a aussi, attenante, une grande boulangerie (l’un et l’autre intéressants si l’on doit faire des courses en vue d’un pique-nique, lors d’un de nos séminaires). Ainsi qu’un restaurant pakistanais. À essayer aussi. Cela change des Brasseries de la Place du Front populaire.

En revenant vers Campus Condorcet, j’ai commencé à voisiner. J’ai d’abord discuté avec un réparateur de voiture. Je ne sais pas comment leur activité de rue s’organise, et selon quelle hiérarchie. Je me suis adressé à un gars assis sur une chaise pliante et qui semblait avoir l’œil sur l’ensemble des activités de la rue. J’ai échangé quelques mots. Il n’était pas hostile, simplement surpris que je vienne m’enquérir de la situation économique de son activité. Effectivement, l’ouverture de Campus Condorcet porte tort à la réparation de rue et beaucoup de mécaniciens s’en vont. Il faudrait revenir régulièrement vers lui (vers eux) pour essayer de mieux comprendre. Trop court.

Je n’ai pas osé entrer dans le foyer “de migrants” géré par Opallia, au 56 rue des Fillettes. À l’entrée même du centre, un vendeur de maïs grillé. Beaucoup d’allées et venues. Un terrain autour du centre qui est vraiment un dépotoir. Particulièrement sale. Il semble qu’une partie de ce terrain soit une friche, donc n’est pas la propriété du foyer… Mais quand même… ! J’ai aperçu par la vitre une salle de réfectoire avec des personnes qui finissaient de manger, quasiment que des personnes noires. Il faudrait réussir à prendre contact. Là, j’étais vraiment un blanc. J’aurais peut-être pu entrer et serais sans doute passé pour un “chef” du travail social.

Un peu plus loin, je me suis arrêté longuement pour discuter avec un agent d’entretien de Plaine Commune. Il changeait les sacs des poubelles. C’est un monsieur, tout en rondeur, avec des lunettes aux verres épais. Je le resituerai facilement. J’ai oublié de lui demander son prénom. Il m’a cité tous les chantiers en cours. Il me confirme que tous les ateliers en face de Condorcet, là où il y a l’entrepôt de récupération des métaux, vont progressivement sauter. “Ils détruisent et ça reconstruit aussi vite”. Il a une grande ancienneté ; il a travaillé en centre-ville de Saint-Denis et disait que c’était là le plus pénible. À La Plaine, il trouve que c’est bien, c’est tranquille. Les agents d’entretien sont localisés au rez-de-chaussée des locaux de Plaine Commune, en face du Stade de France, juste à côté de Décathlon.

Enfin, en rejoignant le passage des maraîchers pour reprendre la route vers le centre de Saint-Denis, je me suis arrêté pour discuter avec Nadia (là je n’ai pas oublié de demander le prénom). Je l’ai aperçue sortant de l’école avec un très gros trousseau de clés. J’ai accéléré le pas pour la rejoindre. Elle est gardienne à l’école, employée de la ville, mais elle n’y a pas de logement de fonction. Elle ne voit pas d’inconvénient à nous faire visiter l’école, si elle obtient l’accord de la directrice. C’est l’école la plus proche de Campus Condorcet. Nadia me parlait de pas mal de bagarres dans ce passage, donc entre groupes de jeunes. Les voitures de police ne peuvent pas y pénétrer. Je ne sais pas si un événement en particulier a marqué les esprits (elle me dit que l’école a dû appeler la police et les pompiers. Elle parlait au pluriel) ou si un tel événement se produit régulièrement.

Je n’ai aucune idée de ce que ces menus coudoiements peuvent amorcer comme recherche. Mais cette petite dérive en voisinages a été vraiment très sympa. Je reviendrai vers le monsieur aux lunettes, et sûrement vers Nadia.

[Pascal Nicolas-Le Strat, 25 octobre 2019]

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